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Cent ans de solidarité

Cent ans de solidarité

[Attention, cet article parle de suicide et d’esclavage]

(Initialement publié en avril 2019 dans la gazette Pierre et Marie Canard n°5)

Dans la série « American Gods » (2017), un épisode débute en nous montrant une révolte d’esclaves noir·es dans un bateau les transportant vers le continent américain. Face au destin que leur réserve l’esclavagiste blanc, la seule solution qui leur est présentée est le \textbf{suicide collectif}. En effet, après avoir tué l’équipage, iels brûlent le bateau et meurent donc dans un incendie au beau milieu de l’océan.

La personne ayant écrit ce passage, vraisemblablement blanche, clairement opposée à l’esclavage et du moins sur le principe à la suprématie blanche, a vu cet acte sacrificiel comme le comble de la subversion. En effet, quel meilleur moyen de ne pas rentrer dans les rapports d’esclavage de la traite négrière que de s’ôter soi-même la vie : \textbf{si on est mort on ne peut pas être esclave}.

Implicitement, ce que nous dit ce début d’épisode, c’est que la vie d’esclave ne méritait pas d’être vécue et qu’elle ne laissait aucun espoir d’amélioration des conditions d’existence. L’individu·e (noir·e) est totalement réduit·e à sa position dans les catégorisations suprémacistes blanches (position d’esclave donc) et c’est sur cette base \textbf{raciste} que les scénaristes vont construire leur acte de subversion de l’ordre esclavagiste.

Or ces prémisses sont fausses et l’histoire nous offre une myriade d’événements qui le prouvent.

Connues sous le nom de quilombo dans l’Amérique lusophone (qui parle portugais) et palenque dans l’Amérique hispanophone (qui parle espagnol), les communautés organisées d’anciens esclaves ayant fui les mines et les plantations existent en nombre incalculable. On en trouve au Brésil, en Colombie, en Jamaïque, au Mexique, à Panama, etc.

Ce phénomène a même donné naissance à la plus grande et durable des révoltes d’esclaves de l’histoire : à Palmares au Brésil, sur un territoire d’une superficie comparable à celle du Portugal et durant près d’un siècle (1605-1694), une communauté comprenant des cimarron·es (nom donné à ces ex-esclaves et leurs descendant·es), des indigènes amérindien·ne·s, et mêmes quelques blanc·he·s. Tou·te·s ont vécu en liberté, hors de la domination portugaise.

Dans ces royaumes ou républiques, près de 200 ans avant les révolutions états-uniennes et françaises, on élisait les chefs. 250 ans avant que les gentils blancs français puis états-uniens daignent abolir l’esclavage, on se l’abolissait pour soi-même.

Durant toute son existence, Palmares a permis à tout un tas de personnes, que les Hollandais ou les Portugais emmenaient dans ces fameux bateaux pour en faire des esclaves, de s’enfuir une fois sur le continent et de vivre en liberté : plusieurs générations de noir·es ont vécu toute leur vie, de la naissance à la mort, sans jamais être asservi·es.

Palmares fut vaincu, mais d’autres quilombos/palenques ont survécu à travers le temps comme San Basilio de Palenque, en Colombie. Après des années de guerres contre les Espagnol·es, les révolté·es ont obtenu de la couronne ibérique la liberté et des terres, en 1713 (soit 100 ans avant l’indépendance du reste de la Colombie) devenant ainsi ce qui serait surnommé le premier peuple libre d’Amérique.

De manière générale, il faut toujours garder à l’esprit qu’un·e dominant·e progressiste reste un·e dominant·e, et iel aura beaucoup de mal à se sortir des mythes propres à son groupe social. Cependant, en se prétendant opposé·e aux systèmes d’oppressions qui structurent nos sociétés, c’est bien ce qu’iel prétend faire. Sachant qu’en plus, en tant que dominant·e, sa voix portera bien plus loin que celle des dominé·es, cette perpétuation du point de vue de l’oppresseur par la bouche de progressistes, par la bouche de celleux qui prétendent être/présenter l’alternative au monde tel qu’il est, vient achever de fermer le domaine du pensable et donc du réalisable pour les opprimé·es.

C’est bien beau de déplorer que l’histoire soit écrite par les dominant·es, mais il s’agirait de mettre cette considération en pratique et d’être un peu attentif·ve à celle que l’on produit nous-même, histoire de ne pas se réduire à l’une des deux faces de l’oppression.

Journée carte blanche aux associations #2

Journée carte blanche aux associations #2

Le jeudi 12 avril, nous avons participé à la journée carte blanche aux associations #2, à l’Espace Vie Étudiante (patio 24-25) du campus Pierre et Marie Curie (Jussieu).

Nous avons fait rétrospective composée d’affiches et photographies de mai 1968 et des luttes et mobilisations sociales d’aujourd’hui. A ce titre nous avons aussi tenu une table pour informer sur notre syndicat et nos actions sur le campus.

Merci à toutes les personnes qui ont participé à la journée carte blanche aux associations #2! A très bientôt sur le campus, ou dans la rue! 😉

Voici quelques photographies des panneaux disposées sur la journée à l’entrée de l’Espace Vie Étudiante.

 

Enjeux des luttes d’hier et d’aujourd’hui

L’enjeu des luttes sociales ou «mouvements sociaux» est l’acquisition de «droits sociaux», de libertés «émancipatrices» comme «travailler moins», «avoir une couverture sociale», bref ne pas être astreint à juste «consommer», «travailler», «dormir». Elles passent souvent par des enjeux de réappropriation de notre vie, notre travail, nos espaces. Bref sortir de logiques définissables «aliénantes» au sens ou elles nous privent de notre «capacité à nous déterminer», le mot est fort mais il a son sens.

L’enjeu principal de ces mobilisations est l’acquisition de droits par celles et ceux qui en «manquent» face à celles et ceux qui ont «tout». Ces mots vu souvent comme «folkloriques», ne le sont pas tant que ça face au discours utilisé constamment face à chaque mouvement; nous vous invitons d’ailleurs à lire l’article d’ACRIMED à ce sujet qui recense les termes utilisés par les médias et les élus, et autres «dominants» qui sont souvent discréditant.

Ces mouvements d’hier et d’aujourd’hui font écho aux évènements actuels dans nos universités, nos gares, nos hôpitaux, nos centres d’imposition (oui oui!), nos tribunaux, la fonction publique en général et à la «zone à défendre» de Notre Dames des Landes. La somme des mouvements d’aujourd’hui s’inscrit dans celles des mouvements passés proclamant un «ASSEZ» dans un premier temps puis visant à demander ensuite de nouveaux droits face à celles et ceux qui ont tout et qui veulent nous priver du peu que nous partageons (les services publiques).

Diverses sources sur Mai 1968 et autres mouvements