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La fac de Toulouse mise sous tutelle car « ingouvernable »

La fac de Toulouse mise sous tutelle car « ingouvernable »

Ce mardi, la fac de Toulouse Le Mirail a été mise sous tutelle par la ministre Frédérique Vidal dans le but de casser le mouvement de grève qui s’y développe.

 

Un mouvement qui dure

De Paris à Toulouse, on veut pus de flouz !Cela fait plusieurs mois qu’étudiant·e·s et personnels de l’université Toulouse 2 Le Mirail se battent avec la présidence, leurs tutelles (entre autre l’ANR, qui gère les IDEX) et le ministère pour refuser la fusion qui leur est imposée avec les universités Toulouse 1 (Capitole) et Toulouse 3 (Paul Sabatier). Tout comme nous auparavant, iels rejettent les logiques de concurrence entre les universités, réclament des financements à la hauteur de leur besoin (et pérennes, c’est donc logiquement qu’iels ont rejeté l’IDEX) et craignent de voir naître une usine à gaz administrative mettant en danger les droits des étudiant·e·s (hausse des frais de scolarité, perte d’autonomie politique et scientifique, politique de rentabilité généralisée …).

De plus, avec l’arrivée sur le devant de la scène universitaire du Plan étudiant et de la loi Vidal, cette mobilisation s’est encore amplifiée. Ce sont plus de 1000 personnes qui se réunissent chaque semaines en Assemblée Générale, remplissant largement un amphi et se massant à l’extérieur pour prendre part aux débats et aux décisions d’un mouvement qui se veut le plus large possible. Depuis plusieurs semaines, l’AG a voté et reconduit le blocage de la fac. Les conseils centraux (Conseil d’Administration, Commission de la Formation et de la Vie Universitaire, etc.) sont par ailleurs systématiquement empêchés, et un certain nombre de leurs membres ont démissionné il y a quelques semaines, affirmant leur soutien aux étudiant·e·s et personnels mobilisé·e·s.

Le gouvernement ne l’entend pas de cette oreille

A côté de ça, dans beaucoup de villes partout en France, des AG ont lieu, des manifestations aussi, des blocages de facs parfois, et même des cours autogérés (qui a dit que c’était impossible?). Toulouse est, de loin, la ville la plus mobilisée, mais s’inscrit dans un mouvement plus global de contestation de la politique éducative (voire générale) du gouvernement Macron et de ses prédécesseurs.

Sauf que ça, ça ne lui plaît pas, au gouvernement. Il est là pour gouverner, lui. Sauf que Toulouse 2, d’après le ministère, est « ingouvernable ». Tellement ingouvernable que, les Conseils d’Administration n’ayant pu se tenir depuis plusieurs mois, aucun budget n’a été voté pour 2018. C’est en invoquant cette raison que la ministre a pris la décision, ce mardi 20 mars, de dissoudre les conseils (élus par les personnels et étudiant·e·s), de placer la fac sous tutelle (en désignant un administrateur provisoire, Richard Laganier), et d’appeler à la tenue de nouvelles élections d’ici trois mois ; et jusqu’à cette échéance, elle a donc le contrôle effectif de la fac, et la menace d’une intervention policière dans les jours à venir pour débloquer la fac n’est pas démentie. Vous avez dit coup d’État ? Autoritarisme ?

Enfin pas sûr que ce contrôle soit vraiment effectif : en réaction, les étudiant·e·s et personnels mobilisé·e·s réuni·e·s en assemblée générale ont voté non seulement le maintien du blocage, mais également l’occupation de la fac jusqu’à nouvel ordre. S’iels ont prévu d’être pacifiques en cas d’intervention policière, préférant jouer la sécurité, iels n’en sont pas moins déterminé·e·s à continuer à se battre pour que leurs revendications soient entendues.

Soutien aux camarades toulousain·e·s

Partout en France (et même au-delà, à entendre certaines rumeurs!) des messages de solidarité et de soutien ont afflué. A Paris, un rassemblement de soutien a été appelé assez spontanément le jour même à 19h place de la Sorbonne. Nous avons été quelques un·e·s de Jussieu à y prendre part (avec banderole en dentelle et pancartes à slogans). Ce qui devait n’être qu’un rassemblement statique s’est transformé en manifestation en direction du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (rue Descartes, Paris 5e) ; arrivés là, nous avons été accueilli·e·s par des CRS prêts à défendre « l’ordre et la loi » (ceux-là même qu’on retrouve à frapper des étudiant·e·s dans les amphis occupés) et sommes partis pour une petite ballade dans le quartier latin.

Nous nous sommes finalement donné rendez-vous le jeudi suivant, le 22 mars, afin de prendre part à la manifestation interprofessionnelle et nationale de la fonction publique, pour affirmer à nouveau notre exigence d’un service public d’enseignement supérieur de qualité (et donc financé selon ses besoins et non sélectif) et notre solidarité envers les travailleur·se·s des autres secteurs (cheminot·e·s, profs, hospitalier·e·s, etc.). Une assemblée générale des étudiant·e·s et personnels se tiendra à Jussieu en amphi 55B à partir de 11h30, puis un départ collectif aura lieu en direction de la manifestation de la fonction publique (14h à Bercy, direction Bastille pour converger avec celle des cheminot·e·s).

 

Soyons tou·te·s ingouvernables.

CFVU bloquée : défendons nos droits

CFVU bloquée : défendons nos droits

écrit le 18/01/2018; version pdf

Aujourd’hui devait avoir lieu la Commission de la Formation et de la Vie Universitaire (CFVU) de Sorbonne Université, née de la fusion de Paris Sorbonne (Paris 4) et l’UPMC (Paris 6). A l’ordre du jour, se trouvaient notamment la validation (oserait-on parler de vote ?) des « attendus » et des « capacités d’accueil » de l’université. Elle a été reportée suite au blocage mené par des étudiant·e·s de l’université.

De quoi s’agit-il ? Ni plus ni moins que de l’approbation et de la mise en place locale de la sélection à l’entrée de l’université, et ce à huis clos et dans la précipitation. A huis-clos, parce que la CFVU est composée de 36 membres (dont 16 « représentant·e·s » étudiant·e·s élu·e·s à 8,5% de participation), et qu’en dehors très peu d’information ont filtré, très peu de concertations (aucune avec les étudiant·e·s) ont été tenues. Dans la précipitation, parce que la présidence, s’accommodant pleinement des contraintes gouvernementales, souhaite faire appliquer au plus vite une loi même pas encore votée.
Les documents préparatoires sont consultables sur notre site, à l’adresse suivante : https://solidaires-etu-jussi.eu/attendus-criteres-capacites-accueil/
On y voit notamment des capacités d’accueil stables par rapport à l’année précédente (pas de hausse, donc), des attendus flous et difficilement appréciables, tandis que les critères de triages des dossiers semblent, eux, bien plus clairs puisqu’il s’agit des bulletins de notes de première et terminales, et plus précisément d’avoir de « très bonnes notes en sciences, français et anglais ». Que viennent faire ces deux dernières matières ? Mystère… à moins que l’on imagine que la plupart des candidat·e·s à l’entrée ont des résultats corrects en sciences, et qu’il faut donc un critère pour les départager.

Solidaires Étudiant-e-s Jussieu s’insurge face à cette énième attaque contre le service public d’enseignement supérieur. Certain·e·s prétendent que cette réforme servira la « démocratisation de l’enseignement supérieur ». Mensonge, ou bêtise ! Fermer l’accès de l’université aux classes populaires (qui, rappelons-le, sont celles qui aujourd’hui peinent le plus à accéder à l’enseignement supérieur et sont les plus présentes dans les lycées professionnels), faire des économies sur le dos des étudiant·e·s actuel·le·s et futur·e·s, voilà le fond de cette réforme !
Chez nous, le président J.Chambaz, suivi de près par les autres élu·e·s Réunis et Bouge ta Fac (FAGE), souhaite l’appliquer sans plus de discussion ni d’information. Nous avons donc décidé de participer au blocage de la CFVU d’aujourd’hui aux côtés d’autres étudiant·e·s, membres d’organisations (Solidaires P4, l’AGEPS, l’UNEF …) ou non, afin d’empêcher que soit acté ce recul historique de nos droits.
Ce n’est cependant que partie remise, puisque la séance a été reportée à une date dont nous n’avons pas encore connaissance. Nous resterons vigilant·e·s quant aux prochaines étapes. En attendant, nous serons présents à l’assemblée générale d’information que nous coorganisons avec de syndicats de personnel lundi 22 janvier à 12h45 en amphi Durand (bâtiment Esclangon), et invitons tou·te·s les étudiant·e·s de Jussieu (et de Sorbonne Université) à y prendre part.

Solidaires Étudiant-e-s Jussieu