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Réforme de l’université : la sélection, c’est laid

Réforme de l’université : la sélection, c’est laid

Peut-être avez-vous entendu ou lu, de la bouche d’un·e militant·e ou de la plume d’un·e politique, que la prochaine réforme du gouvernement (la loi Vidal, du nom de la ministre déléguée) amenait la sélection à l’université. Nous partageons globalement ce constat. Voyons de quoi il s’agit concrètement, et analysons un peu la portée politique de la chose; mais avant, une petite histoire de la sélection à l’université…

La sélection, créatrice de mouvements depuis 1986

Bon, en réalité c’est un peu plus compliqué, mais 1968 est un bon point de départ pour cette chronologie, parce que cette année a marqué une rupture dans la société française, et en particulier dans les universités.

  • 1967 : Projet de loi porté par le ministre de l’Éducation Nationale Alain Peyrefitte, à la demande de de Gaulle qui, face aux taux de réussite jugés trop faibles à l’université (d’ailleurs, on fait mieux aujourd’hui), préconise une sélection sur dossier, et une « orientation, grâce à la diversification des voies » ; abandonné face aux mouvements étudiants de mai 68.
  • 1976 : Projet de loi Saunier-Seité, du nom de la secrétaire d’État aux universités, introduisant une sélection à l’issue de la deuxième année (le DEUG, obtenu à ce moment, autorisait sans plus de conditions le passage en troisième année) ; abandonné après trois mois de grèves étudiantes.
  • 1984 : Loi Savary, instaurant un « service public d’enseignement supérieur », supprimant en théorie la possibilité de sélectionner à l’entrée de l’université ; toujours en vigueur, amendée.
  • 1986 : Projet de loi Devaquet, du nom du ministre délégué chargé de l’ESR, le package de l’horreur qui prévoyait, pêlemêle, l’abrogation de la loi Savary, la sélection à l’entrée de l’université, l’autonomie (surtout financière) des universités, la possibilité pour elles de fixer leurs frais d’inscriptions, leur mise en concurrence, la possibilité de rapprochements entre établissements et la suppression du caractère national des diplômes ; abandonné après un mouvement étudiant massif (lors duquel un étudiant, Malik Oussékine, a été tué par la police), mais les gouvernements suivants se sont employés à faire passer une à une les mesures qu’il contenait, comme c’est le cas aujourd’hui.

Et depuis ? Plus grand-chose quant à la sélection. La question est devenue taboue chez les politicien·ne·s, et pendant plus de 20 ans elle a été esquivée. Elle n’a cependant jamais disparu, et est envisagée par de plus en plus de monde. Par des professeurs d’université qui y voient la solution à un niveau en baisse des étudiant·e·s (due en partie à la « démocratisation » des études supérieures), par des politicien·ne·s qui y voient la solution miracle pour ne pas avoir à financer davantage les facs, et au fond, par une partie de l’opinion publique qui n’a pas vraiment envie de se déclarer favorable au tirage au sort, et préfère « l’excellence » (la quelle ?). À ce sujet, on vous propose la très bonne vidéo d’Usul.

Notons quand même qu’une ligne rouge a été franchie l’année dernière, puisque c’est bien une loi de sélection à l’entrée en master qui a été adoptée. Si elle était présentée comme « régularisant des pratiques déjà à l’œuvre entre la première et la deuxième année de master et jouant sur un flou juridique », dans les faits, elle n’a rien amélioré, puisque un grand nombre d’étudiant·e·s se sont retrouvé·e·s sans place en master cette année.

La loi Vidal, une sélection qui ne s’assume pas ?

Officiellement dénommée « Projet de loi relatif à l’orientation et à la réussite des étudiants » (on est donc les méchants qui s’opposent à la réussite, évidemment), aussi appelée « réforme de l’accès à l’enseignement supérieur », la loi Vidal prévoit :

  • La spécification, pour chaque formation de chaque fac, de capacités d’accueil ; cela se faisait déjà dans les filières dites « en tension », et ça sera généralisé dans le but de bien faire comprendre que non, c’est plus possible, il n’y a plus de place. C’est donc en toute logique que, pour obtenir ces places, il va falloir trier les candidat·e·s, et on introduit donc …
  • Des attendus (ou prérequis), qui seront les informations mises à disposition des candidat·e·s spécifiant le niveau (et d’autres critères, comme l’obtention du BAFA, l’investissement associatif, l’intérêt supposé pour tel ou tel domaine d’étude …) minimum attendu à l’entrée d’une formation ; si le ou la candidat·e n’y satisfait pas, iel pourra se voir proposer …
  • Des parcours spécifiques de remise à niveau ou d’adaptation de la licence, au travers de « contrats de réussite pédagogique » ; non accrédités par le ministère, ils seront définis par les composantes des universités (qui ne recevront pour ça pratiquement aucun budget supplémentaire, donc pas davantage d’accompagnement des étudiant·e·s), et feront peser un risque réel sur le cadre national des diplômes (le principe qui fait qu’une licence à Jussieu vaut théoriquement autant qu’une licence à Rennes ou à Marseille) ; et pour celleux qui n’auraient pas de place, comme les milliers de bacheliers et bachelières cette année …
  • La possibilité d’obtenir un recours auprès du rectorat, qui sera tenu d’inscrire d’office les étudiant·e·s là où il pourra (y compris si nécessaire en dehors de sa région), comme c’est le cas suite à la réforme de l’entrée en master … d’ailleurs ça ne marche pas vraiment.

Concrètement, la procédure aura lieu en 5 temps :

  • Saisie des vœux sur Parcoursup, la plateforme qui remplace APB (Admission Post Bac) ; au nombre de 10, ils ne seront plus classés, ce qui risque de créer des engorgements par la suite.
  • En parallèle, avis des conseils de classe, transformés pour l’occasion en conseils d’orientation puisqu’ils devront émettre un avis sur chaque vœu de chaque élève ; on en reparlera dans un prochain article, mais c’est laisser entendre un peu plus que les problèmes viennent du lycée, ce qui occulte pas mal d’autres réalités.
  • Examens de chaque demande par les établissements, qui auront accès au dossier scolaire (et plus) de chaque candidat·e, et devront répondre par « oui » (acceptation dans le cursus demandé), « oui si » (acceptation sous réserve que le ou la candidat·e un parcours adapté), « en attente » (la formation est saturée, possibilité d’acceptation sous réserve de désistement d’autres candidat·e·s) ou « non » ; évidemment, quand on doit traiter des milliers de demandes en quelques semaines avec peu de personnel, on fait appel à des algorithmes de tri : le traitement automatisé tant décrié d’APB sera reporté sur autant d’algorithmes obscurs pour chaque formation, aux critères pas forcément publics.
  • Dès la réception d’une réponse, les candidat·e·s ont une semaine pour accepter ou non la proposition de l’établissement.
  • En cas de refus de tous ses vœux à la fin de la procédure normale, le ou la candidat·e pourra (s’iel en est informé) saisir le rectorat et demandé à être affecté … quelque part, si possible en lien avec son projet et pas trop loin de chez lui.

En résumé, on est face à une loi qui met en place des critères pour choisir si les bacheliers et bachelières peuvent entrer dans une formation universitaire. Ces critères ne sont pas forcément en lien avec ladite formation, peuvent aller au-delà du niveau attendu pour le bac, et seront différents pour chaque fac. Mais officiellement, toujours pas de sélection en vue. Ouf, on a eu peur !

Justifications et conséquences politiques de la sélection

Depuis le début on parle de ce projet de loi, mais on en oublie un peu quel problème il est censé régler. Vous avez sûrement entendu parler du tirage au sort mis en place cet été, laissant plusieurs milliers de lycéen·ne·s sans facultés. La raison invoquée est que, à cause de la hausse démographique des années 2000, il manque des places dans les facs. C’est vrai, entre 2011 et 2016 on est passé de 1,4 millions à 1,6 millions d’étudiant-e-s à l’université, ce qui dépasse leurs capacités. En 2017 il manque plus de 200 000 places, soit 10 facs de la taille de Paris Sorbonne (Paris IV, devenue Sorbonne Université) !

Mais alors, pourquoi une telle loi, plutôt que, par exemple, un réel plan de financement de parcours adaptés pour permettre à tous les bacheliers et bachelières, quel que soit leur bac, d’entrer à l’université ? Eh bien tout ça coûte cher, et de l’argent, dans les facs, il n’y en a plus des masses (pour une grande partie d’entre elles en tout cas). En effet, depuis la loi LRU de 2007 qui a « offert » leur autonomie financière aux universités, celles-ci doivent gérer leur masse salariale, l’entretien de leurs bâtiments, les petits fours des réceptions présidentielles … et ce avec des dotations au mieux constantes, au pire en baisse, alors que le nombre d’étudiant·e·s ne cesse d’augmenter. Sauf que pour une fois, « de l’argent, il y en a, dans les caisses de » … l’État. Le Crédit Impôt Recherche, dénoncé comme inefficace par nombre d’acteurs dont la cour des comptes, c’est 6 milliards par ans (alors qu’il ne faudrait « que » 3 milliards par ans en plus pour assurer correctement l’accueil des nouveaux et nouvelles étudiant·e·s). L’école Polytechnique, en 2015, a vu ses subventions augmenter de 60 millions (soit presque la moitié des subventions allouées à Paris IV). Quant à cette réforme en elle-même, on estime qu’elle coutera 100 millions par ans, autant d’argent qui pourrait aller directement vers des postes d’enseignant·e·s supplémentaires …

Et puis il y a le fameux argument du « désajustement entre le public et le contenu » des formations. Par là, on veut dire que les forts taux d’échecs sont dus à des bacheliers et bachelières qui vont dans des filières auxquelles iels ne sont pas préparés (notamment les bacheliers pro et techno avec les licences générales). Cet argument est fallacieux par trois aspects : il oublie qu’en proportion très peu de bacheliers pro et techno vont en licence générale, il contourne l’inadaptation des formations en lycée (notamment pro, dont la durée a été réduite de 3 à 4 ans sous Sarkozy) aux formations universitaires, et il occulte tous les autres problèmes étudiants comme le salariat.

Et ces taux d’échec, dont on a déjà parlé ici, sont-ils si alarmants que ça ? Une autre donnée semble pertinente, celle du taux d’étudiant·e·s arrêtant leurs études sans diplôme. En France, il est de 20%, et c’est l’un des plus faibles parmi les pays de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique). Et gardons à l’esprit le taux d’étudiant·e·s salariés : 46% environ. Faut-il rappeler que le salariat ne fait pas bon ménage avec les études, et qu’en examiner les causes pourrait être un premier pas pour améliorer réellement les conditions de vie des étudiant·e·s ?

C’est dans ces conditions que les gouvernants (gouvernement, président·e·s d’université, etc.) osent encore nous parler de la nécessité de s’aligner sur les « standards internationaux ». Quels standards ? Ceux des pays anglo-saxons, où les études coûtent une fortune et amènent les étudiant·e·s à s’endetter durablement ? Ce serait oublier que le monde ne se compose pas uniquement de pays anglo-saxons, et qu’eux-mêmes regardent avec envie certains aspects de notre système (absence de sélection, possibilités de réorientation, frais d’inscriptions très faibles …).

Mais au fond, les raisons ne sont-elles pas plus simples, plus « pragmatiques » que ça ? D’un point de vue économique, quel sens ça aurait d’avoir une majorité de la population formée aux sciences et à la culture, à des disciplines qui ne produisent pas directement de richesse et qui coûtent cher à enseigner, quand on pourrait avoir des travailleurs et travailleuses productifs et dociles ? Quel sens ça aurait de délivrer des diplômes non-qualifiants à une époque où le chômage est le problème numéro 1 dans l’opinion ? Quel sens ça aurait de permettre aux gens de raisonner, de remettre en question, de s’ouvrir, quant au contraire on cherche à gouverner rapidement et autoritairement ?

Un discours idéaliste ?

Et de toute façon, nous rétorquent certain·e·s, c’est refuser la sélection qui n’a pas de sens, parce que, disent-iels, la sélection, elle existe déjà. Et sur ce point, iels ont raison. Une sélection est déjà à l’œuvre dans l’enseignement supérieur, et ce depuis toujours : une sélection sociale. Elle prend de multiples formes : selon leur milieu social d’origine, les jeunes subissent pressions et nécessité pour suivre ou ne pas suivre telles ou telles études, voire s’auto-censurent. Cette origine sociale joue aussi sur leur parcours scolaire pré-bac, et de manière évidente selon les établissements fréquentés et les moyens mis en œuvre, on n’accède pas aux mêmes études. Enfin, en tant qu’étudiant·e, les dépenses alimentaires et de logement, entre autres, sont une barrière qui conduit certain·e·s à devoir se salarier faute d’autres moyens financiers, avec les conséquences que l’on connaît. Alors oui, aujourd’hui déjà, tout le monde n’accède pas à l’université, et tout le monde n’y réussit pas. Ne peut-on pas remettre en cause cet état de faits ?

On dit de nous que nous sommes des « gauchistes », que nous parlons « idéologie » et pas « réalité ». S’il est vrai que nous parlons à partir d’idées, est-il toujours vrai que la seule réalité est celle qu’iels nous proposent ? Solidaires Étudiant·e·s a des propositions concrètes, comme le salaire socialisé et l’université autogérée (dont nous reparlerons prochainement), qui pourraient être mises en place à plus ou moins long terme. Encore faut-il savoir dans quelle direction on souhaite aller.

Réforme de l’université : le pourquoi du comment

Réforme de l’université : le pourquoi du comment

Rentrée 2017, France. C’est LE sujet qui agite le petit monde des universités : le système APB (Admission Post Bac) aurait « explosé », victime, au choix, du nombre d’étudiant·e·s, de leur concentration dans certaines filières, de leur manque d’orientation, ou de la trop grande accessibilité des facs. On s’émeut, on s’indigne : les futur·e·s étudiant·e·s tiré·e·s au sort ! Des bacheliers et bachelières mention très bien n’obtenant pas la filière de leur choix ! Et derrière, des taux de « réussite » en licence abyssaux ! Il fallait réformer, et vite.

Mais était-ce bien nouveau ? Et pourquoi en est-on arrivé là ? Examinons un peu plus en profondeur les causes, invoquées ou non, de la réforme présentée par le gouvernement.

Tous les indicateurs sont au rouge

Pourquoi dit-on que le système APB est à bout de souffle ? Très concrètement, parce qu’à l’issue de la procédure, de nombreux et nombreuses bacheliers et bachelières sont restés sans affectation. 87 000 au 17 juillet, fin de la procédure normale d’APB ; plus de 3000 début septembre alors que les cours reprennent dans les universités, et probablement plusieurs dizaines aujourd’hui encore (nous avons été contacté·e·s par plusieurs d’entre elleux). Et c’est sans compter les affectations « subies », celles des bacheliers et bachelières ayant préféré accepter une formation autre que celles qu’iels souhaitaient plutôt que de passer une année « blanche ». Et les autres ? Eh bien pour beaucoup d’entre elleux, ça a été la loterie. Les formations les plus demandées, faute de pouvoir accueillir tou·te·s les candidat·e·s, ont dû pratiquer un tirage au sort. Si certain·e·s voient dans cette pratique un possible pilier de la démocratie directe, nous préférons mettre en avant ses conséquences actuelles : affectation subie et refus aléatoires.

Regardons maintenant du côté de ceux qui ont pu entrer. En 2016, 40,1% des étudiant·e·s inscrit·e·s en L1 passent en 2ᵉ année. Ça fait 60,9% d’échec ! … Ou pas ? En effet, on peut considérer assez simplement que ne pas passer à l’année supérieure, c’est un échec. Ou bien l’on peut regarder les redoublements et réorientations comme autant d’expériences bénéficiant à l’étudiant·e, et ne pas diaboliser ces événements. Nous ne nions pas la réalité du sentiment et des conséquences néfastes qu’ils peuvent avoir pour certain·e·s, mais nous souhaitons affirmer que le terme d’échec nous paraît inapproprié. En 2016, seuls 27% d’étudiant·e·s obtenaient leur licence en 3 ans : le redoublement n’est donc pas l’exception, mais bien la norme aujourd’hui.

Du côté des filières professionnalisantes, les effectifs sont étonnants. On ne trouve que 18% de bachelier pro en STS (Section de Techniciens Supérieurs) et 30% de bacheliers technologiques en IUT (Institut Universitaire Technologique), filières prévues pour leur correspondre. Eh oui, on peut avoir un bac techno et vouloir faire une licence ! Sauf que les chiffres, là encore, sont mauvais : très peu de ces bacheliers accèdent à la L2. La rhétorique du gouvernement consiste à dire, en somme, « ils n’ont rien à y faire, c’est une erreur, qu’ils aillent vers les filières pros qui leur conviendront mieux ». Nous préférons affirmer que chacun·e devrait pouvoir étudier où il ou elle l’entend. Cela s’applique aussi à l’origine sociale, encore trop souvent liée au type de bac obtenu et aux études suivies ensuite : l’université doit être ouverte à tou·te·s, point.

Quid des filières surchargées dont on parle tant ? Par ce nom, on entend surtout les licences de droit, médecine, psychologie et STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives). D’une part, on ne cherche pas à savoir pourquoi les futur·e·s étudiant·e·s privilégient ces filières ; d’autre part, on occulte le fait que beaucoup d’autres filières manquent de place (Jussieu en est un exemple flagrant). Face à cela, le gouvernement brandit les 135 216 places vacantes à la fin de la procédure complémentaire d’APB cette année. Rappelons deux nombres : en 2017, 808 000 candidat·e·s inscrit·e·s sur APB en début de procédure, pour 654 000 places proposées. Étudier dans la filière que l’on souhaite est un droit, mais il n’est aujourd’hui pas garanti à tou·te·s.

Des problèmes de longue date

Sauf que ces problèmes ne datent pas d’hier. En effet, le nombre d’étudiant·e·s augmente chaque année depuis les années 80, c’est une chose dont on doit se réjouir car cela devrait signifier que de plus en plus de jeunes ont accès à une éducation supérieure. Cependant, ce n’est pas si simple, car malgré cette croissance continue du nombre d’inscrit·e·s dans les universités, les budgets, eux, stagnent voire diminuent. De plus, cette augmentation n’a pas que des raisons démographiques. Elle est due également au fait que les études semblent de plus en plus accessibles (c’est une bonne chose) mais également au fait que, par leurs réformes successives, les gouvernements détruisent petit à petit les alternatives courtes dans l’enseignement supérieur public. En effet, les BEP n’existent plus et les CAP disparaissent petit à petit, restent les BTS et les DUT qui ont des places de plus en plus limitées également. Il est bien facile de se présenter en grand sauveur des décombres quand on a contribué à l’effondrement des structures.

Dans les cinq années à venir, ce sont 200 000 étudiant·e·s en plus qui sont attendu·e·s dans l’enseignement supérieur. Ce n’est pas une surprise, mais seulement une conséquence de l’augmentation démographique du début des années 2000. Les problèmes que l’on vient de voir sont donc appelés à s’amplifier, d’autant que les mesures annoncées par le gouvernement sont largement insuffisantes (si l’on part du principe qu’elles sont censées y faire face). Au moins sommes-nous d’accord sur un point : il faut réformer ce système à bout de souffle. Mais pas n’importe comment. Et avant tout, il faudrait mettre fin aux politiques d’austérité budgétaire qui pèsent sur l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) depuis des années, de manière à pouvoir accueillir dans de bonne condition tou·te·s les étudiant·e·s.

Car il est bien là, le premier problème : on sous-finance un service public, on fait l’autruche pendant des années, et un jour, paf ! On fait mine de se rendre compte qu’il est cassé. Alors on le change. On réduit son accessibilité. On impose des réductions de coûts. On supprime des postes, on augmente les charges de travail. On répercute le prix sur les usagers et usagères (qu’il est beau, ce terme, surtout quand il remplace celui d’étudiant·e pour faire oublier de qui l’on parle). Au pire, on privatise. Une première étape a été franchie en 2007 avec l’autonomie budgétaire des facs (loi LRU), confirmée en 2013 (loi Fiorasso), et les fusions d’établissements à marche forcée partout en France en sont un symptôme criant. À quand la suite ?