La police tue, la justice acquitte

La police tue, la justice acquitte

En août 2018, l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) a publié son rapport annuel. Il nous apprend qu’en 2017 la police a ouvert le feu près de 400 fois, soit une augmentation de 54% par rapport aux chiffres de 2016. Cette forte hausse peut être directement reliée à une nouvelle législation datant de février 2017 élargissant les situations de légitime défense où l’agent est autorisé à faire feu, notamment les cas de fuite en véhicule qui sont considérés comme telles. Un triste corollaire étant que le nombre de meurtres par la police est lui aussi en augmentation, avec plusieurs victimes au volant d’une voiture au moment du meurtre (Gaye Camara, Aboubakar Fofana…).

C’est majoritairement dans les quartiers des grandes villes que cette violence se manifeste quotidiennement et de la façon la plus extrême, comme le témoignent les meurtres d’Adama Traoré ou de Zyed et Bouna… Les contrôles racistes y sont aussi omniprésents, sources d’humiliations et de violences.

A noter que 56% des meurtres sont commis avec des armes de service. Et 24 armes de policiers ont été perdues ou volées depuis le début de l’année, rien qu’en Île-de-France. Récemment Vanessa Campos, travailleuse du sexe trans et racisée, a été assassinée au bois de Boulogne avec une de ces armes.

Un des piliers de cette injustice est la grande impunité judiciaire et la violence que la police est autorisée à exercer (port d’armes, cas de légitime défense larges, arrestations violentes…). En effet, peu de victimes ont obtenu justice jusqu’à lors : le procès du meurtre de Zyed et Bouna, tués il y a 10 ans, n’a eu lieu qu’il y a 2 ans, et les policiers ont été relaxé. Mais des groupes de soutien et des comités (comme Justice pour Adama) ne laissent pas les familles seules face à leur colère et témoignent d’une grande solidarité.

Les violences policières sont aussi présentes pour réprimer les mouvements sociaux. En 2014, Rémi Fraisse mourait par le tir d’une grenade offensive et depuis 2013, on compte 6 morts par « armes non létales ». Des manifestant-e-s sont victimes de mutilations régulièrement (comme Maxime Peugeot qui a eu la main arrachée en mai 2018 à la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes).

Et là encore, les interventions policières sont racistes. Dans des camps de réfugié-e-s ou à des occupations comme celle de l’université Paris 8, les expulsions sont faites dans la violence physique et verbale. Les couvertures et tentes sont jetées, rendues inutilisables. On ordonne aux réfugié-e-s de ne parler que le français… Sous des excuses humanitaires de « mises à l’abri », la police effectue des rafles ultra-violentes pour détruire toute organisation et démoraliser les réfugié-e-s et leurs soutiens.

C’est également dans l’acharnement judiciaire que cette violence se retrouve : %Loïc en cavale après avoir dû affronter de nombreux procès illégitimes,
l’affaire de Tarnac qui resurgit 10 ans après les faits, une vague de perquisitions à Bure avec 60h de garde à vue pour certaines personnes, plus de 100 lycéen-ne-s placé-e-s en garde à vue pendant 48h après l’occupation du lycée Arago à Paris…

Plus les armes seront légitimées et la police acquittée, plus il y aura de victimes et de violences.
L’affaire Benalla n’est peut-être pas si exceptionnelle : All Cops Are Benalla.

Pour aller plus loin :

– Bastamag : bastamag.net/webdocs/police/, 2018
– ACAT (Action des Chrétiens Pour l’Abolition de la Torture) : rapport « L’ordre et la force », 2016
– infokiosques.net (thèmes « prison, justice, répression »)
– http://www.urgence-notre-police-assassine.fr/

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