Des nouvelles de la liberté de circulation

Des nouvelles de la liberté de circulation

(Initialement publié en novembre 2018 dans la gazette Pierre et Marie Canard n°3)

Le 10 Septembre la loi Asile et Immigration a été promulguée au journal officiel. Dans la continuité répressive des trente dernières années, cette loi met en place un durcissement des conditions d’accès au statut de réfugié-e politique :

  • le délai à partir duquel une demande d’asile doit être traitée en procédure accélérée est réduit, incitant à un traitement à la chaîne.
  • faire appel d’un refus devra dorénavant se faire en 15 jours et non 30, et cet appel n’empêche plus d’être expulsé-e du territoire. Cette mesure a été à l’origine d’une grève de 28 jours des avocat-es défendant les exilé-es en mars dernier.
  • la rétention administrative, mesure d’enfermement arbitraire appliquée même aux enfants, voit sa durée maximale passer de 90 à 120 jours, et la détention des enfants est maintenue.
  • sur simple suspicion, un-e étrangèr-e pourra être enfermé-e 24h pour vérification d’identité.
  • le droit du sol est supprimé à Mayotte, un thème qui a toujours été cher au Front National (on se rappelle la blague douteuse du président Macron à l’égard des « Kwassa-Kwassa »).
  • les sanctions pénales visant les refus de prise d’empreinte sont également aggravées.
  • le délit de solidarité est bien maintenu
  • lors des jugements, la visioconférence pourra être imposée, contrairement à ce qu’avait affirmé Emmanuel Macron à Edwy Plenel lors de son interview le 15 Avril dernier, et les garanties pour que l’exilé-e soit entendu-e dans une langue qu’iel comprenne sont amoindries.

En parallèle, ni le règlement « Dublin », obligeant les réfugié-es sont obligé-es de faire leur demande d’asile dans le premier pays où leur empreintes sont relevées (ce qui permet de nombreuses déportations), ni le protocole de Sangatte, faisant de la France le garde-frontière des anglais à Calais et contribuant à la désastreuse situation de sa « Jungle » et de ses violences policières quotidiennes, ni le rétablissement des contrôles aux frontières à la frontières franco-italienne, contraire aux accords Schengen et mis en place par François Hollande en Novembre 2015, ne sont remis en question.

Face à ces attaques, la résistance est menée en premier lieu par les principale-ux concerné-es.

Le mouvement des sans-papiers a fêté cette année les 22 ans de l’occupation de l’église Saint-Bernard de la Chapelle par un collectif d’exilé-es, avec une grève de la faim de 51 jours jusqu’à l’expulsion par la police de tou-tes les occupant-es.

En 2008, près de 300 personnes sans-papiers ont occupé leur lieu de travail, rejoints par 6800 travailleur-ses de secteurs divers.

En 2018, la situation s’est durcie, et les tentatives d’aide aux exilé-es sont souvent durement réprimées.

Le mouvement étudiant a lui aussi participé à cette lutte et en région parisienne de nombreuses actions sont fréquement menées. Par exemple à Jussieu à travers le collectif « Sorbonne Sans Frontières« , qui a occupé avec des exilé-es un préfabriqué inutilisé et chauffé de la fac, rapidement abandonné après la réaction de la présidence qui avait demandé une intervention policière.

Le collectif « Ouvrir P6 » milite lui depuis longtemps pour obtenir l’inscription d’exilé-es à la fac, avec comme réussite notable la création d’un Diplôme Universitaire dédié. Mais c’est à Paris 8 que ces actions ont pris le plus d’ampleur : un bâtiment a été occupé pendant 4 mois par des exilé-es. Malgré des promesses de régularisation de la part de la présidence, cette dernière a fait évacuer par la force le bâtiment. L’intervention a été particulièrement violente et raciste, avec des CRS cagoulés séparant les individus suivant leur couleur de peau, gazant à bout portant celleux qui parlaient arabe.

Pour défendre cette politique, une des rhétoriques utilisée est celle d’un tri entre « bon-nes » et « mauvais-es » migrant-es, c’est à dire entre réfugié-e et migrant-e dit-e « économique ».

Contestant la légitimité d’une personne à émigrer, alors même qu’elle est prête à risquer la noyade, les violences policières, la faim, la soif et les actes racistes pour une vie meilleure, cette dichotomie est intéressante à transposer à d’autres classes sociales : une personne perçue comme blanche, aisée ou diplômée pourra discuter tranquillement des opportunités qu’une migration lui offrirait, sans qu’il ne lui soit demandé de prouver qu’elle risque sa vie dans son pays. La couleur de peau et la classe sociale sont les seuls critères discriminants : parler d’une rhétorique raciste n’est pas exagéré.

D’autre part, ce gouvernement, extrêmement dur avec toute tentative de solidarité, l’est tout de suite beaucoup moins quand un groupuscule d’extrême-droite s’organise en milice fasciste pour surveiller la frontière franco-italienne.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que parmi celle-ci se trouvaient en réalité des militant-es venant du Canada, des USA ou bien d’Australie. Aucun-e membre de ce collectif ne s’en est ému : preuve que pour les néofascistes comme pour les néolibéraux, il y a des « bon-nes » et des « mauvai-ses » migrant-es, et que ces catégories sont les mêmes dans les deux cas.

Ce tri est aussi à rapprocher du tri instauré à l’entrée des universités avec la loi ORE : à chaque fois les mêmes classes sociale sont sélectionnées, ou reléguées en marge de la société, suivant des mécanismes de domination de classe, de race, ou de genre bien étudiées par un demi-siècle de recherche en sciences sociales.

Il ne faut pas se laisser enfermer dans une rhétorique opposant deux conceptions de l’Europe, l’une libérale et l’autre néofasciste, car sur les questions migratoires comme sur les questions économiques, c’est bien les mêmes politiques qui sont appliquées, et qu’il faudra combattre aux côtés des concerné-es.

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