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La police tue, la justice acquitte

La police tue, la justice acquitte

En août 2018, l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) a publié son rapport annuel. Il nous apprend qu’en 2017 la police a ouvert le feu près de 400 fois, soit une augmentation de 54% par rapport aux chiffres de 2016. Cette forte hausse peut être directement reliée à une nouvelle législation datant de février 2017 élargissant les situations de légitime défense où l’agent est autorisé à faire feu, notamment les cas de fuite en véhicule qui sont considérés comme telles. Un triste corollaire étant que le nombre de meurtres par la police est lui aussi en augmentation, avec plusieurs victimes au volant d’une voiture au moment du meurtre (Gaye Camara, Aboubakar Fofana…).

C’est majoritairement dans les quartiers des grandes villes que cette violence se manifeste quotidiennement et de la façon la plus extrême, comme le témoignent les meurtres d’Adama Traoré ou de Zyed et Bouna… Les contrôles racistes y sont aussi omniprésents, sources d’humiliations et de violences.

A noter que 56% des meurtres sont commis avec des armes de service. Et 24 armes de policiers ont été perdues ou volées depuis le début de l’année, rien qu’en Île-de-France. Récemment Vanessa Campos, travailleuse du sexe trans et racisée, a été assassinée au bois de Boulogne avec une de ces armes.

Un des piliers de cette injustice est la grande impunité judiciaire et la violence que la police est autorisée à exercer (port d’armes, cas de légitime défense larges, arrestations violentes…). En effet, peu de victimes ont obtenu justice jusqu’à lors : le procès du meurtre de Zyed et Bouna, tués il y a 10 ans, n’a eu lieu qu’il y a 2 ans, et les policiers ont été relaxé. Mais des groupes de soutien et des comités (comme Justice pour Adama) ne laissent pas les familles seules face à leur colère et témoignent d’une grande solidarité.

Les violences policières sont aussi présentes pour réprimer les mouvements sociaux. En 2014, Rémi Fraisse mourait par le tir d’une grenade offensive et depuis 2013, on compte 6 morts par « armes non létales ». Des manifestant-e-s sont victimes de mutilations régulièrement (comme Maxime Peugeot qui a eu la main arrachée en mai 2018 à la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes).

Et là encore, les interventions policières sont racistes. Dans des camps de réfugié-e-s ou à des occupations comme celle de l’université Paris 8, les expulsions sont faites dans la violence physique et verbale. Les couvertures et tentes sont jetées, rendues inutilisables. On ordonne aux réfugié-e-s de ne parler que le français… Sous des excuses humanitaires de « mises à l’abri », la police effectue des rafles ultra-violentes pour détruire toute organisation et démoraliser les réfugié-e-s et leurs soutiens.

C’est également dans l’acharnement judiciaire que cette violence se retrouve : %Loïc en cavale après avoir dû affronter de nombreux procès illégitimes,
l’affaire de Tarnac qui resurgit 10 ans après les faits, une vague de perquisitions à Bure avec 60h de garde à vue pour certaines personnes, plus de 100 lycéen-ne-s placé-e-s en garde à vue pendant 48h après l’occupation du lycée Arago à Paris…

Plus les armes seront légitimées et la police acquittée, plus il y aura de victimes et de violences.
L’affaire Benalla n’est peut-être pas si exceptionnelle : All Cops Are Benalla.

Pour aller plus loin :

– Bastamag : bastamag.net/webdocs/police/, 2018
– ACAT (Action des Chrétiens Pour l’Abolition de la Torture) : rapport « L’ordre et la force », 2016
– infokiosques.net (thèmes « prison, justice, répression »)
– http://www.urgence-notre-police-assassine.fr/

Expulsions en série

Expulsions en série

Les débats autour de la loi Asile et Immigration ont permis de mettre en lumière la lutte des sans-papiers, ancienne mais souvent invisibilisée.

Pour protester contre cette loi et loger celleux qui dormaient à la rue, plusieurs facs ont été occupées l’année dernière. Si à Jussieu l’occupation en pleine vague de froid fût évacuée sans ménagement sous menace policière par la présidence de la fac — alors que le bâtiment occupé était vide et chauffé –, certaines ont duré. Pendant trois mois des exilé·es ont occupé des bâtiments de l’université de Nantes, et l’occupation d’un bâtiment à Paris 8 à Saint-Denis a duré quatre mois.

Malgré les promesses de régularisation de la présidente de Paris 8, les éxilé·es ont été expulsé·es en juin dernier, dans des conditions particulièrement violentes. Les personnes ont été séparées selon leur couleur de peau, et celleux s’exprimant en arabe ont été gazé·es sans ménagement. A noter aussi l’expulsion récente du squat Schaeffer à Aubervilliers, forçant les occupant·es à s’installer dans le square attenant, sans possibilités de se protéger des intempéries.

Une pensée pour les familles des vitrines

Une pensée pour les familles des vitrines

Le traitement médiatique de la violence [Attention, cet article parle de violences policières]

 

Que l’on pense qu’une forme de violence soit légitime ou pas, le traitement médiatique de cette violence diffère totalement en fonction de qui l’exerce. Ce sont les dominants qui écrivent l’histoire, et conditionnent le récit médiatique.

Prenons comme exemple le traitement médiatique réservé aux manifestant·es. L’imaginaire qui est mobilisé dans ce cas est celui de la brutalité, de l’agressivité et de la volonté de destruction. Un cas récent et concret* : une manifestation dans le cadre d’un festival antifasciste, où un feu a été allumé dans une banque et où il n’y a eu aucun·e blessé·e ni chez les policiers, ni chez les manifestant·es.

D’abord, le titre racoleur « Une manifestation antifasciste dégénère à Angers » évoque des images choc pour ce qu’il s’est réellement passé. Ensuite il y a cette phrase : « En marge de la manifestation, plusieurs casseurs en tête du cortège se sont attaqués à des banques et à des policiers », qui présente une violence consciente et planifiée du cortège de tête, impliquant une agressivité naturelle et non justifiée. Elle implique aussi que c’est la tête du cortège qui a débuté les hostilités et donc qu’elle est la seule origine de violences.

L’expression « En marge de la manifestation » est aussi très importante, car elle sépare les actions du cortège de tête du reste de la manifestation. Or ces actions s’inscrivent dans le contexte et les raisons de la manifestation. Sortir l’action de son contexte permet ainsi de la discréditer.

La phrase qui suit « Plusieurs vitrines de banques du centre-ville ont été brisées et une autre incendiée tandis que des policiers qui encadraient la manifestation ont été victimes de jets de projectiles. » renforce cette idée de violence spontanée des manifestant·es et donne une vision de la police très orientée : celle-ci « encadre » puis est « victime ». Ces expressions placent la police hors du conflit et la traitent au même titre que les vitrines innocentes.

La police est pourtant un élément actif de la violence.
Ils frappent, chargent, attaquent, poursuivent, arrêtent, harcèlent.
Le paragraphe suivant donne la parole à la municipalité d’Angers, qui se place du côté de la police. Aucune autre personne n’est interrogée, et aucune information sur les motivations de la manifestation n’est donnée.

On retrouve systématiquement cet écart dans le traitement par les médias de la violence.

La violence du gouvernement et de la police (violence institutionnelle) est toujours présentée comme légitime et défensive, là où les actions des militant·es et manifestant·es, sont présentées comme violentes et agressives.

En général cette différenciation se déploie de la manière suivante :

— Quand la police commet des violences contre des personnes (harcèlement, coups, blessures), c’est le champ lexical de la défense qui est utilisé. Les violences des policiers sont toujours justifiées : les manifestant·es les méritent. Quand un policier tue quelqu’un, on va analyser profondément le profil de la victime et trouver le plus d’informations dégradantes sur elle (casier judiciaire, habitudes de vie, etc).

— Quand des manifestant·es dégradent du matériel, c’est le champ lexical de la brutalité, de l’agressivité et du danger qui est utilisé. Dans l’exemple précédent, quand un·e manifestant·e casse ou tague une banque, les raisons de ces dégradations ne sont pas abordées : ça peut être lié aux scandales touchant certaines banques ; ou bien être une attaque symbolique, les banques ayant un rôle important dans le maintien d’une économie capitaliste de merde.

Lorsque l’on parle des victimes des policiers, il s’agit d’un « accident », voire d’une « bavure », d’un « dérapage ».
C’est complètement hypocrite : la majorité des victimes de la police (mort·es ou blessé·es) le sont dans le cadre de contrôles réglementaires et légaux.

* https://www.bfmtv.com/police-justice/une-manifestation-antifasciste-degenere-a-angers-1528692.html

Les douleurs de règles ne sont pas normales

Les douleurs de règles ne sont pas normales

L’endométriose est une maladie chronique grave, invalidante, qui touche 10% à 20% des femmes* partout dans le monde, c’est ENORME.
Quelques symptômes : règles douloureuses, douleurs dans le bas-ventre (notamment lors de pénétration vaginale), problèmes urinaires, problèmes intestinaux, fatigue chronique.

Pourquoi ?
Du tissu semblable à l’endomètre (tissu tapissant l’intérieur de l’utérus, que l’on perd pendant les règles) se développe à des endroits où il ne devrait pas : ovaires, vagin, rectum, vessie, intestin, thorax… Peu importe où il se trouve, ce tissu continue de réagir aux hormones : il saigne pendant les règles, créant des hémorragies internes, une réaction inflammatoire chronique, à l’origine de douleurs très intenses.

Le délai du diagnostic est d’environ SEPT ANS après l’apparition des premiers symptômes ! C’est en grande partie dû au peu d’importance qu’on accorde à la douleur des femmes. Pendant que cette douleur est ignorée, la maladie progresse et cause des dégâts irréversibles : l’endométriose est la première cause d’infertilité des femmes en France. Le diagnostic est posé à la suite d’examens : échographie pelvienne endovaginale (introduction d’un appareil enduit de gel dans le vagin), Imagerie par Résonnance Magnétique (IRM), colo-scanner.

Il n’existe pas de traitement spécifique. L’endométriose implique une prise en charge médicale à vie : anti-douleurs, anti-inflammatoires, contraceptifs, voire chirurgie.

Pourquoi si peu de remèdes ?

Pourquoi une maladie si grave et fréquente demeure si mystérieuse ?
Les origines de cette maladie, pourtant très invalidante et fréquente, sont méconnues.
Parce qu’on ne fait pas assez de recherche dessus. Parce que c’est une maladie qui ne concerne pas les hommes. Conséquences au quotidien pour les femmes atteintes : difficulté à effectuer les actions de la vie quotidienne, à entretenir une vie sociale et familiale ; scolarité, études et vie professionnelle perturbées, discriminations au travail, isolement, dépression.

Si vous pensez que vous êtes concernée, il est important de consulter un·e gynécologue ou un·e généraliste. [CW : mention de violences gynécologiques] On risque de vous rembarrer, de vous dire que vous êtes une chochotte, de prendre un ibuprofène et ça ira, on vous parlera mal et on ne vous prendra peut-être pas au sérieux…
Mais vous aurez raison de forcer si vous le pouvez, vous n’êtes pas responsable, vous souffrez, et il faut qu’on vous fournisse une prise en charge adaptée pour mieux supporter les douleurs ! Ici une liste de gynécologues :
A propos

Si vous avez besoin de soutien vous pouvez vous adresser notamment au Collectif féministe de Paris 6 (par mail collectif-feministe@protonmail.com).

Trouvez plus d’infos : endomind.org, info-endometriose.fr

*peut concerner, en fait, toute personne munie d’un vagin : des femmes cisgenres mais aussi des hommes trans, des personnes intersexes et des personnes non-binaires.

La fac de Toulouse mise sous tutelle car « ingouvernable »

La fac de Toulouse mise sous tutelle car « ingouvernable »

Ce mardi, la fac de Toulouse Le Mirail a été mise sous tutelle par la ministre Frédérique Vidal dans le but de casser le mouvement de grève qui s’y développe.

 

Un mouvement qui dure

De Paris à Toulouse, on veut pus de flouz !Cela fait plusieurs mois qu’étudiant·e·s et personnels de l’université Toulouse 2 Le Mirail se battent avec la présidence, leurs tutelles (entre autre l’ANR, qui gère les IDEX) et le ministère pour refuser la fusion qui leur est imposée avec les universités Toulouse 1 (Capitole) et Toulouse 3 (Paul Sabatier). Tout comme nous auparavant, iels rejettent les logiques de concurrence entre les universités, réclament des financements à la hauteur de leur besoin (et pérennes, c’est donc logiquement qu’iels ont rejeté l’IDEX) et craignent de voir naître une usine à gaz administrative mettant en danger les droits des étudiant·e·s (hausse des frais de scolarité, perte d’autonomie politique et scientifique, politique de rentabilité généralisée …).

De plus, avec l’arrivée sur le devant de la scène universitaire du Plan étudiant et de la loi Vidal, cette mobilisation s’est encore amplifiée. Ce sont plus de 1000 personnes qui se réunissent chaque semaines en Assemblée Générale, remplissant largement un amphi et se massant à l’extérieur pour prendre part aux débats et aux décisions d’un mouvement qui se veut le plus large possible. Depuis plusieurs semaines, l’AG a voté et reconduit le blocage de la fac. Les conseils centraux (Conseil d’Administration, Commission de la Formation et de la Vie Universitaire, etc.) sont par ailleurs systématiquement empêchés, et un certain nombre de leurs membres ont démissionné il y a quelques semaines, affirmant leur soutien aux étudiant·e·s et personnels mobilisé·e·s.

Le gouvernement ne l’entend pas de cette oreille

A côté de ça, dans beaucoup de villes partout en France, des AG ont lieu, des manifestations aussi, des blocages de facs parfois, et même des cours autogérés (qui a dit que c’était impossible?). Toulouse est, de loin, la ville la plus mobilisée, mais s’inscrit dans un mouvement plus global de contestation de la politique éducative (voire générale) du gouvernement Macron et de ses prédécesseurs.

Sauf que ça, ça ne lui plaît pas, au gouvernement. Il est là pour gouverner, lui. Sauf que Toulouse 2, d’après le ministère, est « ingouvernable ». Tellement ingouvernable que, les Conseils d’Administration n’ayant pu se tenir depuis plusieurs mois, aucun budget n’a été voté pour 2018. C’est en invoquant cette raison que la ministre a pris la décision, ce mardi 20 mars, de dissoudre les conseils (élus par les personnels et étudiant·e·s), de placer la fac sous tutelle (en désignant un administrateur provisoire, Richard Laganier), et d’appeler à la tenue de nouvelles élections d’ici trois mois ; et jusqu’à cette échéance, elle a donc le contrôle effectif de la fac, et la menace d’une intervention policière dans les jours à venir pour débloquer la fac n’est pas démentie. Vous avez dit coup d’État ? Autoritarisme ?

Enfin pas sûr que ce contrôle soit vraiment effectif : en réaction, les étudiant·e·s et personnels mobilisé·e·s réuni·e·s en assemblée générale ont voté non seulement le maintien du blocage, mais également l’occupation de la fac jusqu’à nouvel ordre. S’iels ont prévu d’être pacifiques en cas d’intervention policière, préférant jouer la sécurité, iels n’en sont pas moins déterminé·e·s à continuer à se battre pour que leurs revendications soient entendues.

Soutien aux camarades toulousain·e·s

Partout en France (et même au-delà, à entendre certaines rumeurs!) des messages de solidarité et de soutien ont afflué. A Paris, un rassemblement de soutien a été appelé assez spontanément le jour même à 19h place de la Sorbonne. Nous avons été quelques un·e·s de Jussieu à y prendre part (avec banderole en dentelle et pancartes à slogans). Ce qui devait n’être qu’un rassemblement statique s’est transformé en manifestation en direction du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (rue Descartes, Paris 5e) ; arrivés là, nous avons été accueilli·e·s par des CRS prêts à défendre « l’ordre et la loi » (ceux-là même qu’on retrouve à frapper des étudiant·e·s dans les amphis occupés) et sommes partis pour une petite ballade dans le quartier latin.

Nous nous sommes finalement donné rendez-vous le jeudi suivant, le 22 mars, afin de prendre part à la manifestation interprofessionnelle et nationale de la fonction publique, pour affirmer à nouveau notre exigence d’un service public d’enseignement supérieur de qualité (et donc financé selon ses besoins et non sélectif) et notre solidarité envers les travailleur·se·s des autres secteurs (cheminot·e·s, profs, hospitalier·e·s, etc.). Une assemblée générale des étudiant·e·s et personnels se tiendra à Jussieu en amphi 55B à partir de 11h30, puis un départ collectif aura lieu en direction de la manifestation de la fonction publique (14h à Bercy, direction Bastille pour converger avec celle des cheminot·e·s).

 

Soyons tou·te·s ingouvernables.

Espace Vie Étudiante recherche WiFi désespérément

Espace Vie Étudiante recherche WiFi désespérément

Jeudi c’est WiFi! (ou presque…)

L’Espace Vie Étudiante

L’Espace Vie Étudiante est un bâtiment où se trouvent des salles temporaires pour les associations, une superbe salle polyvalente (on reviendra sur cette salle dans un autre article), un espace de travail partagé, un espace prévention, les assistantes sociales, un baby-foot ! En bref un espace essentiel et apprécié du campus par les étudiant·e·s ou de nombreux évènements et activités ont lieu !

Enquête sur le WiFi absent…

Depuis décembre 2017, on a mené notre petite enquête or il se trouve qu’il n’y a aucune borne WiFi dans l’Espace de la Vie Étudiante depuis l’ouverture de cet espace en 2015. De plus les murs du bâtiment sont en métal… Il en résulte qu’on ne capte pas le WiFi des bornes des tours voisines, ni la 4G dans le bâtiment. Au rez-de-chaussé plus on avance vers le fond du bâtiment moins on capte les bornes extérieures et au sous-sol c’est carrément une zone blanche!

Édition suite à un retour d’un lecteur: C’est un comble, car la majorité du campus site Pierre et Marie Curie est doté d’une couverture en réseau WiFi très appréciable!

Prise de contact administrative

Gêné·e·s par l’absence de WiFi dans ce bâtiment nous avons contacté les responsables administratifs de la maison de la vie étudiante qui nous ont dit que leurs signalements à ce sujet restaient lettre morte depuis le début.

Nous avons donc contacté le 20 février la Direction des Services Informatiques (DSI) en charge des chantiers et de l’infrastructure, on nous répond qu’il faut faire partie du personnel pour remplir un ticket d’incident sur la plateforme de signalement d’incident et on nous invite donc à signaler le problème aux responsables administratif de l’Espace de la Vie Étudiante. Retour à la case départ…

Insatisfaits de cette réponse, nous décidons alors de ne pas laisser cela en l’état et le 22 février nous écrivons au nom du syndicat au Directeur de la Direction de l’Aide au Pilotage et de la Transformation Numérique (DAPTN), au Vice-Président délégué à la Vie Étudiante D.Izidore et mettons en copie les responsables administratifs de l’Espace Vie Étudiante.

En aparté lors d’un rendez-vous nous avons interrogé le Vice-président délégué à la Vie Étudiante, il nous informe qu’il se penchera dans les deux semaines sur le problème et nous recontactera…

Le silence administratif

Face à ce silence d’au moins deux semaines nous avons décidé de commencer à communiquer sur le sujet au travers de tweets (en annexe), d’une campagne de collage ainsi qu’en disposant des flyers dans l’Espace de la Vie Étudiante. Nous trouvons important de rendre public ce silence administratif sur un moyen matériel du campus, qui ne nous semble pas si problématique à fournir dans une université capable de satisfaire le jury de l’Initiative D’EXcellence (IDEX) !

Parallèlement, nous écrivons une relance le 5 mars au même destinataires que le courriel du 22 février mais ajoutons le Vice-Président Numérique J-M.Chesneaux.

Première réponse : Espoir?

Et le 7 mars, bonne nouvelle! Enfin une réponse de la part de l’administration:

Bonjour,
Je vous réponds tardivement et m’en excuse. Je prends bonne note de ces informations qui m’ont été confirmées par les services de la DSI.

Je vous confirme que nous allons mener une étude de couverture des locaux indiqués afin de chiffrer les besoins en câblage et bornes pour améliorer la qualité du réseau sans fil.

Je ne manquerai pas de revenir vers vous dès que j’aurai des éléments.

Bien cordialement,

Le Directeur de Direction de l’aide au pilotage et de la transformation numérique (DAPTN)

Nous saluons cette réponse et apprécions sa transparence, nous espérons que suivront les travaux nécessaires à la couverture WiFi de l’Espace Vie Étudiante.

Par ailleurs nous tenons à remercier la Direction des Services Informatiques et les responsables administratifs de l’Espace Vie Étudiante qui ont pris le temps de nous répondre très rapidement à nos interrogations.

Nous vous tiendrons au courant de l’avancement de ce sujet c’est promis. 😉

Et demain?

En attendant la suite une affiche pour vous informer devant l’EVE.

Dans un futur plus lointain nous aimerions qu’il soit moins fastidieux pour les usagers et personnels de reporter des dysfonctionnements dans notre université. Tout étudiant·e ou personnel devrait pouvoir contribuer à l’amélioration des conditions d’études et d’accueil de l’université sans vivre un parcours du combattant tel que celui-là!

 

Par exemple l’ouverture et la formation à l’utilisation d’un système de report d’incidents tel que la « hotline de Sorbonne Université », plus général et ouvert aux étudiant·e·s pourrait être un début.

Et si vous vouliez vous aussi faire comme nous?

Si vous aussi, étudiant·e·s ou personnels du campus Pierre et Marie Curie de Sorbonne Université, souhaitez reprendre notre démarche pour signaler un souci à un service, faire avancer un dossier ou bien questionner les élus et vices-présidents comme nous l’avons fait, sachez que votre meilleur outil est l’annuaire de l’ex UPMC. La recherche par service est très pratique! 🙂

L’Espace Numérique de Travail (ENT) est une ressource précieuse, aussi si vous avez besoin d’un texte, statuts ou autre document de l’université (comme le document du budget) nous reviendrons dessus prochainement. 😉

Annexes

Les tweets en question:

Semaine du féminisme à Sorbonne université

Semaine du féminisme à Sorbonne université

Du lundi 5 au 16 mars, à l’occasion de la « Journée de lutte pour les droits des femmes » qui a lieu chaque année le 8 mars, plusieurs associations de l’université s’unissent pour faire vivre la semaine du féminisme à Sorbonne Université pour que la lutte dure plus qu’une journée!

Le programme campus par campus ci dessous!

Rassemblement et manifestation du 8 mars

À partir de 15:40 rendez-vous place de la République, puis départ 17:30 vers Opéra.
Liens demosphere de la manifestation et du rassemblement: https://paris.demosphere.eu/rv/59696

Faculté des sciences et ingénierie

Campus Pierre et Marie Curie (Jussieu)

Note: dire que c’était la seule université française avant la fusion avec un nom de femme dedans… 🙁

Pour les événements au campus Pierre et Marie Curie il faut remercier: La Baffe, Solidaires Etudiant-e-s Jussieu, CurieOsity, et le Collectif Féministe de Paris 6 (récemment créé).

La conférence: «La Place Des Femmes Dans Les Métiers Et Études Scientifiques»

Où : amphi Durand sur le campus Pierre et Marie Curie (Jussieu)
Quand : début 18h mercredi 7 mars 2018
Inscriptions: https://www.facebook.com/events/1920018464683907

L’objet de la conférence est d’échanger autour de vécus communs à travers des témoignages de parcours, engager une réflexion collective sur les inégalités dans les sciences, leurs origines et comment les remédier, et montrer des modèles féminins de réussite dans les domaines scientifiques.

Nous allons compter avec les interventions de :

  • Arnaud Pierrel : sociologue, co-auteur de l’étude «Filles + Sciences = une equation insoluble ?» sur les filles dans les prépas scientifiques
  • Michela Petrini, physicienne, enseignante à la faculté des sciences et ingénierie de Sorbonne Université (ex UPMC), qui a participé au pilotage et à la création d’un réseau de physiciennes en théorie des cordes
  • Clémence Epitalon, coordinatrice en France du programme européen GENERA (Gender Equality Network in European Research Area)
  • France Rose, doctorante en biologie
  • Anouck Barberousse, philosophe des sciences et l’Association Femmes et Sciences

 

L’exposition «40 Femmes Scientifiques Remarquables»

Où : Rez-de-chaussé de l’Atrium campus Pierre et Marie Curie
Quand : Du 6 au 16 mars 2018

Une exposition de 40 portraits de femmes scientifique à l’atrium car les femmes sont les grandes oubliées des sciences. Portait de l’association «Femmes et Sciences».
Fascicule de l’exposition disponible ici.

À la faculté de Lettres

Campus Sorbonne

Women of the world unite !

Où : Amphithéâtre Descartes – 1 rue Victor Cousin, campus Sorbonne
Quand : Mardi 6 mars de 19:00 à 21:30
Inscriptions obligatoire: https://www.eventbrite.fr/o/collectif-baffe-15738070690

n Si vous n’êtes pas membre de Sorbonne Université (ex Paris IV, Paris 6) ou de Paris 1, il vous sera demandé une pièce d’identité à l’entrée.

A l’occasion de cette semaine autour de l’égalité de genre différentes associations et organisations de Sorbonne Université, vous proposent une conférence sur les luttes et les victoires féministes à l’international.

Nous accueillerons à cette occasion :

  • Le Mouvement de la Paix qui interviendra sur la question de l’utilisation des violences faites aux femmes comme arme de guerre et les femmes premières victimes de conflits dans le monde.
  • Jules Falquet qui viendra nous parler des luttes contre les violences féminicides et les violences faites aux femmes en Amérique latine à partir de la présentation de son dernier ouvrage Pax Néoliberalia.
  • Fatiha Aggoune qui interviendra sur les luttes féministes en France ainsi que les batailles qu’il reste à mener, tout en évoquant les derniers événements qui ont participé à visibiliser les violences subies par les femmes au quotidien.
  • L’Union des Étudiants Kurdes de France qui interviendra sur la situation et les luttes des femmes au Kurdistan.

Étudiant·e·s de Sorbonne Université et d’ailleurs, enseignant·e·s, personnel administratif… vous êtes tou·te·s invité·e·s à nous rejoindre !

Événement co-organisé par AGEPS Paris IV, La BAFFE, Collectif Doctoral de Paris-Sorbonne, Solidaires étudiant·e·s Sorbonnes Université Lettres, Sud Éducation de Sorbonne Université, UEC Paris 4.

Epinglé-e-s 2018

Où : Amphi Chasles en Sorbonne.
Quand : de 9:30 à 17:00 le 10 mars 2018
Inscriptions : https://framaforms.org/inscription-epingle-e-s-2018-1516816251

Journée jeunes chercheur.e.s sur le thème du sexisme dans la recherche, dans le cadre de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes.
Organisé par le Collectif doctoral de Paris Sorbonne en collaboration avec la BAFFE.

Pour plus d’information c’est sur le site du collectif doctoral.

Campus Clignancourt

Fais pas genre ! – tables rondes

Où : Centre Clignancourt – Salle à confirmé
Quand : le 7 mars 2018 de 14:00 à 18:00
Inscription obligatoire: https://goo.gl/forms/TxX7ifRVVDrdgb4N2

Le nombre de places limité! L’événement est réservé aux étudiant·e·s et personnel de Sorbonne Université.

L’évènement consistera en un après-midi de réflexion décliné en trois tables rondes :

  • Santé sexuelle et sexualité féministe, modérée par deux membres de l’association Gynandco
  • Regards quotidiens sur les discriminations liées au genre, modérée par une militante du syndicat Solidaires Étudiant·e·s et par un militant trans de l’université Rennes 2
  • Réécritures féministes, modération à confirmer

Événement co-organisé par AGEPS Paris IV, La BAFFE,  Solidaires étudiant·e·s Sorbonnes Université Lettres, UEC Paris 4.

Exposition «Femmes ambassadrices de paix»

Du 5 au 9 mars dans le hall du campus Clignancourt, puis 12 au 16 au campus Malesherbes.
Portraits prêté par le «Mouvement pour la Paix».

Pour témoigner de violences sexistes et/ou sexuelles à Sorbonne Université, c’est ici (et anonyme) : https://goo.gl/forms/ucTKsssskHZ2py0s2

Réforme de l’université : la sélection, c’est laid

Réforme de l’université : la sélection, c’est laid

Peut-être avez-vous entendu ou lu, de la bouche d’un·e militant·e ou de la plume d’un·e politique, que la prochaine réforme du gouvernement (la loi Vidal, du nom de la ministre déléguée) amenait la sélection à l’université. Nous partageons globalement ce constat. Voyons de quoi il s’agit concrètement, et analysons un peu la portée politique de la chose; mais avant, une petite histoire de la sélection à l’université…

La sélection, créatrice de mouvements depuis 1986

Bon, en réalité c’est un peu plus compliqué, mais 1968 est un bon point de départ pour cette chronologie, parce que cette année a marqué une rupture dans la société française, et en particulier dans les universités.

  • 1967 : Projet de loi porté par le ministre de l’Éducation Nationale Alain Peyrefitte, à la demande de de Gaulle qui, face aux taux de réussite jugés trop faibles à l’université (d’ailleurs, on fait mieux aujourd’hui), préconise une sélection sur dossier, et une « orientation, grâce à la diversification des voies » ; abandonné face aux mouvements étudiants de mai 68.
  • 1976 : Projet de loi Saunier-Seité, du nom de la secrétaire d’État aux universités, introduisant une sélection à l’issue de la deuxième année (le DEUG, obtenu à ce moment, autorisait sans plus de conditions le passage en troisième année) ; abandonné après trois mois de grèves étudiantes.
  • 1984 : Loi Savary, instaurant un « service public d’enseignement supérieur », supprimant en théorie la possibilité de sélectionner à l’entrée de l’université ; toujours en vigueur, amendée.
  • 1986 : Projet de loi Devaquet, du nom du ministre délégué chargé de l’ESR, le package de l’horreur qui prévoyait, pêlemêle, l’abrogation de la loi Savary, la sélection à l’entrée de l’université, l’autonomie (surtout financière) des universités, la possibilité pour elles de fixer leurs frais d’inscriptions, leur mise en concurrence, la possibilité de rapprochements entre établissements et la suppression du caractère national des diplômes ; abandonné après un mouvement étudiant massif (lors duquel un étudiant, Malik Oussékine, a été tué par la police), mais les gouvernements suivants se sont employés à faire passer une à une les mesures qu’il contenait, comme c’est le cas aujourd’hui.

Et depuis ? Plus grand-chose quant à la sélection. La question est devenue taboue chez les politicien·ne·s, et pendant plus de 20 ans elle a été esquivée. Elle n’a cependant jamais disparu, et est envisagée par de plus en plus de monde. Par des professeurs d’université qui y voient la solution à un niveau en baisse des étudiant·e·s (due en partie à la « démocratisation » des études supérieures), par des politicien·ne·s qui y voient la solution miracle pour ne pas avoir à financer davantage les facs, et au fond, par une partie de l’opinion publique qui n’a pas vraiment envie de se déclarer favorable au tirage au sort, et préfère « l’excellence » (la quelle ?). À ce sujet, on vous propose la très bonne vidéo d’Usul.

Notons quand même qu’une ligne rouge a été franchie l’année dernière, puisque c’est bien une loi de sélection à l’entrée en master qui a été adoptée. Si elle était présentée comme « régularisant des pratiques déjà à l’œuvre entre la première et la deuxième année de master et jouant sur un flou juridique », dans les faits, elle n’a rien amélioré, puisque un grand nombre d’étudiant·e·s se sont retrouvé·e·s sans place en master cette année.

La loi Vidal, une sélection qui ne s’assume pas ?

Officiellement dénommée « Projet de loi relatif à l’orientation et à la réussite des étudiants » (on est donc les méchants qui s’opposent à la réussite, évidemment), aussi appelée « réforme de l’accès à l’enseignement supérieur », la loi Vidal prévoit :

  • La spécification, pour chaque formation de chaque fac, de capacités d’accueil ; cela se faisait déjà dans les filières dites « en tension », et ça sera généralisé dans le but de bien faire comprendre que non, c’est plus possible, il n’y a plus de place. C’est donc en toute logique que, pour obtenir ces places, il va falloir trier les candidat·e·s, et on introduit donc …
  • Des attendus (ou prérequis), qui seront les informations mises à disposition des candidat·e·s spécifiant le niveau (et d’autres critères, comme l’obtention du BAFA, l’investissement associatif, l’intérêt supposé pour tel ou tel domaine d’étude …) minimum attendu à l’entrée d’une formation ; si le ou la candidat·e n’y satisfait pas, iel pourra se voir proposer …
  • Des parcours spécifiques de remise à niveau ou d’adaptation de la licence, au travers de « contrats de réussite pédagogique » ; non accrédités par le ministère, ils seront définis par les composantes des universités (qui ne recevront pour ça pratiquement aucun budget supplémentaire, donc pas davantage d’accompagnement des étudiant·e·s), et feront peser un risque réel sur le cadre national des diplômes (le principe qui fait qu’une licence à Jussieu vaut théoriquement autant qu’une licence à Rennes ou à Marseille) ; et pour celleux qui n’auraient pas de place, comme les milliers de bacheliers et bachelières cette année …
  • La possibilité d’obtenir un recours auprès du rectorat, qui sera tenu d’inscrire d’office les étudiant·e·s là où il pourra (y compris si nécessaire en dehors de sa région), comme c’est le cas suite à la réforme de l’entrée en master … d’ailleurs ça ne marche pas vraiment.

Concrètement, la procédure aura lieu en 5 temps :

  • Saisie des vœux sur Parcoursup, la plateforme qui remplace APB (Admission Post Bac) ; au nombre de 10, ils ne seront plus classés, ce qui risque de créer des engorgements par la suite.
  • En parallèle, avis des conseils de classe, transformés pour l’occasion en conseils d’orientation puisqu’ils devront émettre un avis sur chaque vœu de chaque élève ; on en reparlera dans un prochain article, mais c’est laisser entendre un peu plus que les problèmes viennent du lycée, ce qui occulte pas mal d’autres réalités.
  • Examens de chaque demande par les établissements, qui auront accès au dossier scolaire (et plus) de chaque candidat·e, et devront répondre par « oui » (acceptation dans le cursus demandé), « oui si » (acceptation sous réserve que le ou la candidat·e un parcours adapté), « en attente » (la formation est saturée, possibilité d’acceptation sous réserve de désistement d’autres candidat·e·s) ou « non » ; évidemment, quand on doit traiter des milliers de demandes en quelques semaines avec peu de personnel, on fait appel à des algorithmes de tri : le traitement automatisé tant décrié d’APB sera reporté sur autant d’algorithmes obscurs pour chaque formation, aux critères pas forcément publics.
  • Dès la réception d’une réponse, les candidat·e·s ont une semaine pour accepter ou non la proposition de l’établissement.
  • En cas de refus de tous ses vœux à la fin de la procédure normale, le ou la candidat·e pourra (s’iel en est informé) saisir le rectorat et demandé à être affecté … quelque part, si possible en lien avec son projet et pas trop loin de chez lui.

En résumé, on est face à une loi qui met en place des critères pour choisir si les bacheliers et bachelières peuvent entrer dans une formation universitaire. Ces critères ne sont pas forcément en lien avec ladite formation, peuvent aller au-delà du niveau attendu pour le bac, et seront différents pour chaque fac. Mais officiellement, toujours pas de sélection en vue. Ouf, on a eu peur !

Justifications et conséquences politiques de la sélection

Depuis le début on parle de ce projet de loi, mais on en oublie un peu quel problème il est censé régler. Vous avez sûrement entendu parler du tirage au sort mis en place cet été, laissant plusieurs milliers de lycéen·ne·s sans facultés. La raison invoquée est que, à cause de la hausse démographique des années 2000, il manque des places dans les facs. C’est vrai, entre 2011 et 2016 on est passé de 1,4 millions à 1,6 millions d’étudiant-e-s à l’université, ce qui dépasse leurs capacités. En 2017 il manque plus de 200 000 places, soit 10 facs de la taille de Paris Sorbonne (Paris IV, devenue Sorbonne Université) !

Mais alors, pourquoi une telle loi, plutôt que, par exemple, un réel plan de financement de parcours adaptés pour permettre à tous les bacheliers et bachelières, quel que soit leur bac, d’entrer à l’université ? Eh bien tout ça coûte cher, et de l’argent, dans les facs, il n’y en a plus des masses (pour une grande partie d’entre elles en tout cas). En effet, depuis la loi LRU de 2007 qui a « offert » leur autonomie financière aux universités, celles-ci doivent gérer leur masse salariale, l’entretien de leurs bâtiments, les petits fours des réceptions présidentielles … et ce avec des dotations au mieux constantes, au pire en baisse, alors que le nombre d’étudiant·e·s ne cesse d’augmenter. Sauf que pour une fois, « de l’argent, il y en a, dans les caisses de » … l’État. Le Crédit Impôt Recherche, dénoncé comme inefficace par nombre d’acteurs dont la cour des comptes, c’est 6 milliards par ans (alors qu’il ne faudrait « que » 3 milliards par ans en plus pour assurer correctement l’accueil des nouveaux et nouvelles étudiant·e·s). L’école Polytechnique, en 2015, a vu ses subventions augmenter de 60 millions (soit presque la moitié des subventions allouées à Paris IV). Quant à cette réforme en elle-même, on estime qu’elle coutera 100 millions par ans, autant d’argent qui pourrait aller directement vers des postes d’enseignant·e·s supplémentaires …

Et puis il y a le fameux argument du « désajustement entre le public et le contenu » des formations. Par là, on veut dire que les forts taux d’échecs sont dus à des bacheliers et bachelières qui vont dans des filières auxquelles iels ne sont pas préparés (notamment les bacheliers pro et techno avec les licences générales). Cet argument est fallacieux par trois aspects : il oublie qu’en proportion très peu de bacheliers pro et techno vont en licence générale, il contourne l’inadaptation des formations en lycée (notamment pro, dont la durée a été réduite de 3 à 4 ans sous Sarkozy) aux formations universitaires, et il occulte tous les autres problèmes étudiants comme le salariat.

Et ces taux d’échec, dont on a déjà parlé ici, sont-ils si alarmants que ça ? Une autre donnée semble pertinente, celle du taux d’étudiant·e·s arrêtant leurs études sans diplôme. En France, il est de 20%, et c’est l’un des plus faibles parmi les pays de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique). Et gardons à l’esprit le taux d’étudiant·e·s salariés : 46% environ. Faut-il rappeler que le salariat ne fait pas bon ménage avec les études, et qu’en examiner les causes pourrait être un premier pas pour améliorer réellement les conditions de vie des étudiant·e·s ?

C’est dans ces conditions que les gouvernants (gouvernement, président·e·s d’université, etc.) osent encore nous parler de la nécessité de s’aligner sur les « standards internationaux ». Quels standards ? Ceux des pays anglo-saxons, où les études coûtent une fortune et amènent les étudiant·e·s à s’endetter durablement ? Ce serait oublier que le monde ne se compose pas uniquement de pays anglo-saxons, et qu’eux-mêmes regardent avec envie certains aspects de notre système (absence de sélection, possibilités de réorientation, frais d’inscriptions très faibles …).

Mais au fond, les raisons ne sont-elles pas plus simples, plus « pragmatiques » que ça ? D’un point de vue économique, quel sens ça aurait d’avoir une majorité de la population formée aux sciences et à la culture, à des disciplines qui ne produisent pas directement de richesse et qui coûtent cher à enseigner, quand on pourrait avoir des travailleurs et travailleuses productifs et dociles ? Quel sens ça aurait de délivrer des diplômes non-qualifiants à une époque où le chômage est le problème numéro 1 dans l’opinion ? Quel sens ça aurait de permettre aux gens de raisonner, de remettre en question, de s’ouvrir, quant au contraire on cherche à gouverner rapidement et autoritairement ?

Un discours idéaliste ?

Et de toute façon, nous rétorquent certain·e·s, c’est refuser la sélection qui n’a pas de sens, parce que, disent-iels, la sélection, elle existe déjà. Et sur ce point, iels ont raison. Une sélection est déjà à l’œuvre dans l’enseignement supérieur, et ce depuis toujours : une sélection sociale. Elle prend de multiples formes : selon leur milieu social d’origine, les jeunes subissent pressions et nécessité pour suivre ou ne pas suivre telles ou telles études, voire s’auto-censurent. Cette origine sociale joue aussi sur leur parcours scolaire pré-bac, et de manière évidente selon les établissements fréquentés et les moyens mis en œuvre, on n’accède pas aux mêmes études. Enfin, en tant qu’étudiant·e, les dépenses alimentaires et de logement, entre autres, sont une barrière qui conduit certain·e·s à devoir se salarier faute d’autres moyens financiers, avec les conséquences que l’on connaît. Alors oui, aujourd’hui déjà, tout le monde n’accède pas à l’université, et tout le monde n’y réussit pas. Ne peut-on pas remettre en cause cet état de faits ?

On dit de nous que nous sommes des « gauchistes », que nous parlons « idéologie » et pas « réalité ». S’il est vrai que nous parlons à partir d’idées, est-il toujours vrai que la seule réalité est celle qu’iels nous proposent ? Solidaires Étudiant·e·s a des propositions concrètes, comme le salaire socialisé et l’université autogérée (dont nous reparlerons prochainement), qui pourraient être mises en place à plus ou moins long terme. Encore faut-il savoir dans quelle direction on souhaite aller.

Réforme de l’université : le pourquoi du comment

Réforme de l’université : le pourquoi du comment

Rentrée 2017, France. C’est LE sujet qui agite le petit monde des universités : le système APB (Admission Post Bac) aurait « explosé », victime, au choix, du nombre d’étudiant·e·s, de leur concentration dans certaines filières, de leur manque d’orientation, ou de la trop grande accessibilité des facs. On s’émeut, on s’indigne : les futur·e·s étudiant·e·s tiré·e·s au sort ! Des bacheliers et bachelières mention très bien n’obtenant pas la filière de leur choix ! Et derrière, des taux de « réussite » en licence abyssaux ! Il fallait réformer, et vite.

Mais était-ce bien nouveau ? Et pourquoi en est-on arrivé là ? Examinons un peu plus en profondeur les causes, invoquées ou non, de la réforme présentée par le gouvernement.

Tous les indicateurs sont au rouge

Pourquoi dit-on que le système APB est à bout de souffle ? Très concrètement, parce qu’à l’issue de la procédure, de nombreux et nombreuses bacheliers et bachelières sont restés sans affectation. 87 000 au 17 juillet, fin de la procédure normale d’APB ; plus de 3000 début septembre alors que les cours reprennent dans les universités, et probablement plusieurs dizaines aujourd’hui encore (nous avons été contacté·e·s par plusieurs d’entre elleux). Et c’est sans compter les affectations « subies », celles des bacheliers et bachelières ayant préféré accepter une formation autre que celles qu’iels souhaitaient plutôt que de passer une année « blanche ». Et les autres ? Eh bien pour beaucoup d’entre elleux, ça a été la loterie. Les formations les plus demandées, faute de pouvoir accueillir tou·te·s les candidat·e·s, ont dû pratiquer un tirage au sort. Si certain·e·s voient dans cette pratique un possible pilier de la démocratie directe, nous préférons mettre en avant ses conséquences actuelles : affectation subie et refus aléatoires.

Regardons maintenant du côté de ceux qui ont pu entrer. En 2016, 40,1% des étudiant·e·s inscrit·e·s en L1 passent en 2ᵉ année. Ça fait 60,9% d’échec ! … Ou pas ? En effet, on peut considérer assez simplement que ne pas passer à l’année supérieure, c’est un échec. Ou bien l’on peut regarder les redoublements et réorientations comme autant d’expériences bénéficiant à l’étudiant·e, et ne pas diaboliser ces événements. Nous ne nions pas la réalité du sentiment et des conséquences néfastes qu’ils peuvent avoir pour certain·e·s, mais nous souhaitons affirmer que le terme d’échec nous paraît inapproprié. En 2016, seuls 27% d’étudiant·e·s obtenaient leur licence en 3 ans : le redoublement n’est donc pas l’exception, mais bien la norme aujourd’hui.

Du côté des filières professionnalisantes, les effectifs sont étonnants. On ne trouve que 18% de bachelier pro en STS (Section de Techniciens Supérieurs) et 30% de bacheliers technologiques en IUT (Institut Universitaire Technologique), filières prévues pour leur correspondre. Eh oui, on peut avoir un bac techno et vouloir faire une licence ! Sauf que les chiffres, là encore, sont mauvais : très peu de ces bacheliers accèdent à la L2. La rhétorique du gouvernement consiste à dire, en somme, « ils n’ont rien à y faire, c’est une erreur, qu’ils aillent vers les filières pros qui leur conviendront mieux ». Nous préférons affirmer que chacun·e devrait pouvoir étudier où il ou elle l’entend. Cela s’applique aussi à l’origine sociale, encore trop souvent liée au type de bac obtenu et aux études suivies ensuite : l’université doit être ouverte à tou·te·s, point.

Quid des filières surchargées dont on parle tant ? Par ce nom, on entend surtout les licences de droit, médecine, psychologie et STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives). D’une part, on ne cherche pas à savoir pourquoi les futur·e·s étudiant·e·s privilégient ces filières ; d’autre part, on occulte le fait que beaucoup d’autres filières manquent de place (Jussieu en est un exemple flagrant). Face à cela, le gouvernement brandit les 135 216 places vacantes à la fin de la procédure complémentaire d’APB cette année. Rappelons deux nombres : en 2017, 808 000 candidat·e·s inscrit·e·s sur APB en début de procédure, pour 654 000 places proposées. Étudier dans la filière que l’on souhaite est un droit, mais il n’est aujourd’hui pas garanti à tou·te·s.

Des problèmes de longue date

Sauf que ces problèmes ne datent pas d’hier. En effet, le nombre d’étudiant·e·s augmente chaque année depuis les années 80, c’est une chose dont on doit se réjouir car cela devrait signifier que de plus en plus de jeunes ont accès à une éducation supérieure. Cependant, ce n’est pas si simple, car malgré cette croissance continue du nombre d’inscrit·e·s dans les universités, les budgets, eux, stagnent voire diminuent. De plus, cette augmentation n’a pas que des raisons démographiques. Elle est due également au fait que les études semblent de plus en plus accessibles (c’est une bonne chose) mais également au fait que, par leurs réformes successives, les gouvernements détruisent petit à petit les alternatives courtes dans l’enseignement supérieur public. En effet, les BEP n’existent plus et les CAP disparaissent petit à petit, restent les BTS et les DUT qui ont des places de plus en plus limitées également. Il est bien facile de se présenter en grand sauveur des décombres quand on a contribué à l’effondrement des structures.

Dans les cinq années à venir, ce sont 200 000 étudiant·e·s en plus qui sont attendu·e·s dans l’enseignement supérieur. Ce n’est pas une surprise, mais seulement une conséquence de l’augmentation démographique du début des années 2000. Les problèmes que l’on vient de voir sont donc appelés à s’amplifier, d’autant que les mesures annoncées par le gouvernement sont largement insuffisantes (si l’on part du principe qu’elles sont censées y faire face). Au moins sommes-nous d’accord sur un point : il faut réformer ce système à bout de souffle. Mais pas n’importe comment. Et avant tout, il faudrait mettre fin aux politiques d’austérité budgétaire qui pèsent sur l’enseignement supérieur et la recherche (ESR) depuis des années, de manière à pouvoir accueillir dans de bonne condition tou·te·s les étudiant·e·s.

Car il est bien là, le premier problème : on sous-finance un service public, on fait l’autruche pendant des années, et un jour, paf ! On fait mine de se rendre compte qu’il est cassé. Alors on le change. On réduit son accessibilité. On impose des réductions de coûts. On supprime des postes, on augmente les charges de travail. On répercute le prix sur les usagers et usagères (qu’il est beau, ce terme, surtout quand il remplace celui d’étudiant·e pour faire oublier de qui l’on parle). Au pire, on privatise. Une première étape a été franchie en 2007 avec l’autonomie budgétaire des facs (loi LRU), confirmée en 2013 (loi Fiorasso), et les fusions d’établissements à marche forcée partout en France en sont un symptôme criant. À quand la suite ?